Ok, Yang Chuan-kwang venait de gagner la médaille d’argent au décathlon, et il fallait en être fier parce c’était la seule. Mais la fierté, l’honneur du pays, la gloire de la chine nationaliste, tout ce qu’exaltait le père de Li Guo-cheng, hé bien ce dernier n’en avait rien à carrer. Pas faute d’avoir été élevé dans le culte du Guomindang triomphant pourtant, mais rien à faire : lui, ce qu’il aimait de Rome, en ces JO d’été de 1960, c’était les pizzas qu’on devait y faire à tour de bras, dans toutes les rues de la capitale, pour rassasier les touristes venus suer avec les athlètes des quatre coins du monde.
S’il avait su que la veille, dans cette Italie rêvée, un garçon à peine plus âgé que lui entamait son parcours de légende par la seule force de ses poings, Li Guo-cheng aurait peut-être trouvé ce jour-là le Cassius Clay en lui pour se battre. Au lieu de ça, comme tous les jours en rentrant des cours, il prépara le repas traditionnel en silence, la tête pleine des épices du monde. Puis, lorsque son père rentra du ministère, il endura, en silence toujours et à la place du Comité Olympique International, les insultes paternelles pour l’humiliation faite à leur patrie : eux, la Chine véritable, tenue de défiler sous le nom de l’île ridicule où ils étaient contraints à l’exil ! Li Guo-cheng ne dit rien. Il songea à sa mère qui reposait sur le continent, et à la tête de son père transformée en pizza au lard et à la tomate.
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