Il était une fois, il y a bien longtemps,
Dans une ample cité prospère et cultivée,
Gaillard par deux passions mêmement motivé :
Le jeu le rendait fier, le négoce content.
On le voyait au jour engrosser le mécène
Cuisinant comme un chef les lardons de la bourse,
Et pour le digestif, au soir finir sa course,
Costume et maquillage, au devant de la scène.
Euclion vivait donc à cheval sur deux mondes
Ignorant l’un de l’autre, et les us, et les gens,
Ce qu’entretenait bien notre homme intelligent
Pour éviter partout l’appellation d’immonde.
Un tel écartement vous paraît impossible ?
C’est être bien naïf sur la nature humaine…
Il se montrait un soir héroïne romaine
Et quelques heures après financier impassible.
En horloger précis, un quotidien réglé :
Point d’abus toléré pour tenir la cadence.
Mais la vie est ainsi, grandeur et décadence,
Et voici donc comment il se fit épingler…
Le théâtre passa à la télévision
Après un court instant de cinématographe :
Euclion ne fut plus qu’un gratteur d’autographe,
Faisant, de chers cachets, plus qu’ample provision…
Le commerce à son tour passa pour la finance
(Qu’il fallut obscurcir pour, bien sûr, l’amender).
On créa de l’argent pour qui en demandait,
Euclion le premier : il inspirait confiance.
Il se mit en journée à jouer patte blanche
Devant tous les magnats du monde financier,
Tandis que son renom, aux montants outranciers,
Le rendit regardant à monter sur les planches…
Vous aurez bien saisi ce qui causa sa chute.
Peut-être aimeriez-vous retrouver cet acteur ?
Il paraîtrait qu’il joue tous les soirs à vingt heures,
Dans son tout dernier rôle, en nos écrans… mais chut !

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