par Franck Thomas

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L’aventure littéraire

avril 2011

Reprise du texte publié chez Chris­topher Selac lors de notre échange d’avril sur le thème du burlesque.


L’éditeur est en retard, il a une fuite d’eau
Il pensait n’avoir pourtant que de bons tuyaux, mal lui a pris ce matin-​​là de doucher plus que d’ordinaire
sa femme et son secrétaire
 
Le poète est sur la route, il craint la panne
Après un sale coup de pompe cependant il retrouve l’inspiration
elle a des relents de gazole
 
Le rendez-​​vous est fixé tout près de Saint-​​Germain-​​des-​​Prés pour ne pas vexer les muses champêtres
Par un hasard non consanguin, l’éditeur en est le voisin
crai­gnant sa trempe on fuit l’arrosé matinal
 
La voie du poète, elle, est longue et sinueuse
Elle brille heu­reu­sement de mille feux
rouges, pour la plupart — mais il n’en est que plus ardent
 
À qua­torze heures dix, ils se retrouvent enfin
L’éditeur, après le café et la clope, a fina­lement trouvé une petite place pour une liqueur
le poète, après une crampe à l’estomac, pour son auto
 
Ils ne sont pas d’accord :
L’éditeur vou­drait du bur­lesque, le poète une petite avance
le serveur un peu plus de calme
 
Fina­lement, ils conviennent qu’ils ne peuvent pas s’entendre
Ils repren­dront leurs échanges par cor­res­pon­dance
entre hommes de lettres
 
Chacun repart la tête haute vers des affaires plus importantes
“On m’attend.” dit l’éditeur
après le texto du plombier
 
“J’ai à faire.” dit le poète — mais l’autre est déjà parti éponger son carrelage
Il a main­tenant l’esprit com­plè­tement libre pour pouvoir se replonger corps et âme
dans les embouteillages
 
Et pendant que der­rière son évier, avec dignité, l’éditeur plonge
der­rière son volant, avec appli­cation
le poète pouëte.

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