par Franck Thomas

Auteurs invités (plus d’infos ici)

par G@rp

Rumeurs parallèles

mai 2011

Dans le cadre des vases com­mu­ni­cants, nous vous pro­posons ce mois-​​ci avec G@rp un échange à base de science-​​fiction. Grand plaisir d’accueillir ici cet auteur et de par­tager sa folie douce… Surtout, ne ratez pas la suite sous peu !

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Tout a com­mencé à la machine à café, engin massif et anodin, trop souvent négligé, en réalité centre névral­gique, console de com­mande de toute entre­prise. Pourtant, même en panne elle fonc­tionne : ni 35 heures ni RTT, dis­tri­bution métro­no­mique garantie d’authentiques mines anti per­son­nelles. Bien qu’il ne s’agisse pas là de sa fonction pre­mière, trancher entre sa culpa­bilité ou sa res­pon­sa­bilité n’est pas chose aisée mais passons. Noms de code des muni­tions ? En sabir de bureau : bruits de couloir, radio moquette, télé­phone arabe… Des armes légales, létales, en vente libre — boissons chaudes ou froides n’étant que cou­verture, qu’on se le dise — voire gra­tuites pour peu que la Direction ou le Comité d’Entreprise ou les deux aient mis la main à la poche, au nom de l’un des sacro-​​saints dix com­man­de­ments de la Bible du Mana­gement : La paix sociale a un prix — cliché en valant un autre : « qui veut la paix prépare la guerre ».
Tout a donc com­mencé à la machine à café — ça s’était déjà produit mais là c’était sans com­pa­raison.
La nou­velle s’est répandue à la vitesse d’une marée au galop, sans steeple-​​chase : pas d’obstacles dans l’open-​​space. Avec elle, la rumeur et l’odeur âcre du ragot colporté-​​chuchoté jusqu’à enfler en iné­luc­table murmure hurlé — déformé — sauf à l’oreille de la cible désignée : il n’y a pas plus sourd que.
On aurait pu graduer la magnitude des médi­sances. Ainsi, se serait révélée la pla­titude — et, partant, le taux de mor­talité élevé — des rumeurs ayant pris nais­sance à la cantine ou aux toi­lettes face au miroir, ou lors d’une conver­sation de voisins d’urinoir nez au mur. A contrario, les plus puis­santes dévas­ta­trices résistant à la logique des faits : celles expec­torées par cette machine à café bâtie en SELECTA-​​MX30.
Par… ?
Ou com­prendre à proximité de ?
Tout a com­mencé à la machine à café, goutte à goutte en ruisseau devenu grande rivière en cru muée en catas­trophe natu­relle — donc pré­vi­sible pour qui y aurait pris garde, réalisé que « moment de détente » recelait une arme peut-​​être bien à pointer de l’index.
Tout a com­mencé à la machine à café, une trainée de poudre mettant le feu aux.
Tout a com­mencé à la machine à café, à 10 :00, heure simili tran­quille ou che­mises blanches et tailleurs noirs com­mu­niaient en rite pour tromper aujourd’hui leur train-​​train quo­tidien. Amen.
Bande son :
— T’aurais pas une pièce de dix ?
— Long sucré ou expresso ?
— Alors il m’a dit…
— Y a plus de cuillères ?
— Fran­chement, qu’est-ce que ça lui coûte de sourire ?
— Alors je lui ai dit…
— Quel jour on est, déjà ?
— Eh merde ! J’ai oublié d’appuyer sur le bouton du sucre.
— Mais tu crois qu’il m’aurait écoutée ?
— Ven­dredi — c’est pas trop tôt.
— Je suis sure qu’elle couche, c’est pas pos­sible autrement.
— T’as une cuillère à me passer ?
— T’as du sucre ?
— Y’a qu’à voir comment elle se fringue, cette pou­fiasse.
— Alors je lui ai dit…
— T’as quelle heure, là ?
— Ven­dredi, t’es sûr ?
Puis.
Soudain gar­gouillis aux relents de tuyau­terie à la gorge encrassée, toux, haut-​​le-​​cœur liquides de l’appareil à, mani­fes­tement, l’expectoration contrariée.
Brutal arrêt en couac de la bande son.
Stupeur inquiète de l’assistance au mutisme allant cres­cendo au rythme des hoquets de l’appareil sur le point, à n’en pas douter, d’étouffer — pre­mière pos­si­bilité —, de régur­giter quelque chose sus­cep­tible de (quelle horreur !) tacher les uni­formes uni­formes de bureau (à cette heure encore non défraîchis) — deuxième pos­si­bilité.
Il faut, on devrait, ne pas rester là, pétrifiés.
Se disent-​​ils.
Oui, mais…
Y’a-t-il un plombier — non, un médecin — non, quelqu’un qui s’y connaisse en.
Oui, mais…
Qu’a donc bien pu avaler la SELECTA qu’elle ne puisse recracher ? Pas la monnaie, tout de même ? (ce que pense la comp­table du 4e étage, peu après l’expert comp­table du même étage, son supé­rieur.)
Le rythme des gar­gouillis étranglés s’intensifie, qui mutent en racle­ments, les uni­formes reculent d’un pas réflexe, se regardent, alarmés et quelque peu honteux de bras bal­lants demeurer.
La manœuvre de Heimlich !
Combien d’oppressés dans la salle de détente à cette heure-​​ci ? Autant que tout à l’heure moins un : celui qui vient de s’exclamer — les regards pivotent et le braquent, écar­quillés.
Sans se démonter, tandis que la SELECTA éructe de plus belle dans son dos, il reprend :
— La. Manœuvre. De Heimlich, bon sang !
Une lueur de com­pré­hension semble alors vaguement tra­verser la lande bru­meuse de leurs regards déjà cramés par trop de pixels assassins, pour mieux dis­pa­raître aus­sitôt soufflée par la voix méga­phone de leur délégué syn­dical :
— Tu n’as pas ton brevet de secou­riste !
— C’est une machine à café, je te rap­pelle…
L’autre jette à peine un coup d’œil machinal à l’engin qui menace à tout instant de décéder (cette couleur grise est-​​elle d’origine ?) :
— Mais tu n’as pas ton brevet de secou­riste, tu n’as pas suivi la for­mation. Et pourtant — hm ? — elle était obli­ga­toire. Le règlement inté­rieur…
— …ne s’applique pas à la machine à café. Bon sang, si on ne fait rien elle va y laisser sa peau !
Long silence dans la pièce ; même la SELECTA semble tout à coup sinon sur­seoir à son décès, du moins prendre une ins­pi­ration — ou tenter de le faire — pendant que les esprits mesurent la perte que cette der­nière leur impo­serait si de vie à trépas elle passait.
Conclusion unanime bien que non for­mulée ver­ba­lement : l’absence de café (thé, cho­colat, long, court, etc.) les condam­nerait. Or, déjà qu’ils passent leur vie au boulot, ça suffit, merci bien, loin d’eux l’envie d’y tré­passer.
Conclusion unanime que le porte-​​parole élu par son syn­dicat transmet à son inter­lo­cuteur :
OK. Vas-​​y, alors.
L’autre hoche la tête, retrousse ses manch — il y a un pro­blème. Et de taille.
Comment passer der­rière l’imposante masse de la SELECTA afin d’y apposer le poing entre nombril et sternum ?
Dilemme.

Sans un Immelman, et encore, il apparaît que les chances de survie de la machine à café sont défi­ni­ti­vement com­pro­mises. Or l’espace manque aussi pour tenter une telle manœuvre même si la raison la com­mande : ce que l’univers entier des costards/​tailleurs com­mence à penser à l’unisson, désta­bi­lisant le d’ores et déjà ex-​​futur-​​sauveteur qui se débat dans son dilemme (Immelman or not Immelman ?), par the question mortifié.
Sauf que.
L’objet inanimé dont le destin tout tracé sem­blait vouloir ramener l’âme dans le droit chemin hoquète hoquète et hoquète encore (pas en arrière unanime de l’assistance hor­rifiée) jusqu’à expec­torer —
Réflexe : tout le monde à plat ventre tandis qu’une rafale de pro­jec­tiles non iden­tifiés rase en sif­flant les cheveux ras et les chi­gnons savants de ceux qui assurent leur survie le nez dans le lino, puis s’engouffre dans le premier couloir à sa portée.
Il ne s’est pas écoulé trois secondes — il leur en faudra autant pour : 1/​ réa­liser que tout danger semble écarté ; 2/​ se demander : qu’est-ce que c’était que ça ? — avant que tout ne com­mence réel­lement, à la machine à café. Une rumeur née du ça.
Pendant que ça poursuit et sa course folle à-​​travers l’open-space et un but connu de lui/​elle seul(e) — le ça étant par nature de sexe indé­terminé.
En somme, pour résumer et à bien y réfléchir, rien que de très normal, usuel, rou­tinier : une pause, la machine à café, une rumeur.
Pru­dents, tous pré­fèrent néan­moins attendre que les choses se tassent ; en l’occurrence le raffut pro­venant du fin fond de l’open-space.

*

Tout a com­mencé à la machine à rumeurs, engin massif et centre névral­gique, console de com­mande de toute la force de frappe, paré de son indé­ce­lable camou­flage SELECTA.
Soudain, gar­gouillis aux relents de tuyau­terie à la gorge encrassée, toux, haut-​​le-​​cœur liquides de l’appareil à, mani­fes­tement, l’expectoration contrariée.
Évé­nement prévu s’il en est. La preuve : le compte à rebours se poursuit au rythme de son indif­fé­rence pro­grammée.

[Hyper vitesse dans — 5 secondes UT]

— On passera jamais.
Le rythme des gar­gouillis étranglés s’intensifie, qui mutent en racle­ments.
[3 secondes]

— On va y rester, merde, on va y rester. On passera —
[GO !]

— pas. Manœuvre de Heimlich !
— …
— La. Manœuvre. De Heimlich, bon sang !
— Non. Un Immelman.
L’objet inanimé dont le destin tout tracé sem­blait vouloir ramener l’âme dans le droit chemin hoquète hoquète et hoquète encore.
— T’as pas ton brevet !
— Si on fait rien on va y laisser notre peau ! Cramponne-​​t…
Immelman.
Haut-​​le-​​cœur.
Réta­blis­sement.
— On est passé.
— T’en doutais ?
Course folle à-​​travers l’hyper open-​​space.
— On a franchi la bar­rière AMX-​​30, tu pourrais lever le pied, bon sang !
— Cibles ver­rouillées.
— T’es un malade !
— Fenêtre de tir dans — main­tenant !
— Moteur droit en flamme, on décroche !
— Quoi ?
— Moteur droit en flamme, bordel. T’es sourd ?
— Auxi­liaire enclenché. Cibles tou­jours ver­rouillées.
— Merde !
— Quoi encore ?
— Moteur gauche en flamme. Toi et ton foutu Immelman…
— Rien à voir. On est équipé en Fuku­shima™, autant dire qu’on est blindé.
— La mission pré­cé­dente disait la même chose de leurs Tcher­nobyl™, on sait où ça les a menés… Faut qu’on s’éjecte !
— Hors de question. D’abord les cibles.
— T’es vraiment un malade ! Qu’est-ce qu’on en a à foutre, hein, d’une rumeur de plus ou de moins ? De toute façon, ici, si on leur en balance pas, ils se les inventent. J’te l’dis comme j’le pense : on sert à rien. Point.
— Bon alors, tu tires ou tu pointes… ? S’ils nous repèrent, là oui, on servira à rien.
— Tu peux déve­lopper ? J’te suis pas, là.
— Tire d’abord, on causera apr — eh mer-​​de ! Trop près.
— Contrôle ? Ici Court Sans Sucre 0.35. On rentre à la base. Je répète. On —
— Contrôle ? Ici le Com­mandant Ben­do­verd­jordje. Je refais un passage. Over.
— Quoi ? Mais t’es un malade !
— Non. Juste Com­mandant. Et j’trouve que t’as trop ten­dance à l’oublier. T’inquiète, on règlera ça en temps uti — cibles ver­rouillées.
— Y a une rumeur qui dit que t’es chiant, tu l’savais, ça ?
— Un drone. Rien d’autre. Cibles ver­rouillées. Tu t’magnes, oui ? On est presque à sec de car­burant.
— P’têt que les cibles pour­raient nous dépanner ?
— T’es pas drôle. Et ça, c’est pas une rumeur. Feu, bon sang ! On va encore les perdre !
— C’est de la rumeur de quel calibre, qu’on va leur balancer ?
— De l’Atenace 2011.
— Mais ils ne s’en remet­tront jamais !
— C’est le but.
— Com­mandant ?
— Quoi enc — Tiens ? Tu m’appelles enfin par mon grade ?
— Alti­mètre en folie.
— Pardon ?
— Ben… On va per­cuter, là.
— Quoi ? ça va te coûter cher, ça ! La cour mar­tiale !
— M’étonn…
*

Bureau bunker au fond de l’open-space : avis de tempête.
Svetlana !
Pas pré­ci­pités en cas­ta­gnettes :
— Mon­sieur le Directeur ?
— Ce court sans sucre, il arrive ou faut-​​il que j’aille le chercher moi-​​même ?
Dans les yeux de Svetlana, soudain, des étoiles rouges — une pulsion qui ne la pousse pas à fuir mais à l’accident de personne. Alors de la cravate du Directeur Vissac la main repliée en serre de l’assistante s’empare…

*
*

Le raffut s’est tu.
Silence.
Puis.
Bande son :
— C’est bon, la machine fonc­tionne.
— Tu me l’as passée, la pièce de dix ?
— Alors il m’a dit…
— Je parie que la pétasse du boss a encore fait des siennes.
— Fran­chement, qu’est-ce que ça lui coûte de sourire ?
— T’as quelle heure, là ?
— Mais tu crois qu’il m’aurait écoutée ?
— Je suis sure qu’elle couche, c’est pas pos­sible autrement.
— T’as une cuillère à me passer ?
— Y’a qu’à voir comment elle se fringue, cette pou­fiasse.
— Alors je lui ai dit…
— C’est pas pos­sible autrement. Ça fait deux fois qu’elle lui ren­verse son café dessus, il paraît, on en a licencié pour moins que ça. Et vu ce qu’on vient d’entendre, sans être mau­vaise langue, hein, je te parie qu’elle a recom­mencé.
— Ou elle couche ou c’est juste une rumeur comme, je sais pas, si quelqu’un racontait partout, tu vois, qu’elle lui avait fait bouffer sa cravate.
— On en a licencié pour moins que ça, ouais.
— Alors elle couche.

*
[ici Contrôle αBase 2kFé. Répondez Court Sans Sucre 0.35. À vous.]

— …
[Court Sans Sucre 0.35. Répondez Court Sans Sucre 0.35]

Dans le dos de l’opérateur, l’empereur Ace Partam, Grand Com­mandeur de la Légion des Rumo­ristes, grogne :
— Encore une capsule de perdue, deux hommes de plus morts au combat, ça ne peut plus durer.
— Le matériel est peut-​​être défec­tueux, votre grandeur ?
Volte-​​face d’Ace :
— Défec­tueux ? Les K-​​putchini achetées à prix d’or à la maison du Duc Afait ? Non, cer­tai­nement pas. Il y a autre chose, j’en suis per­suadé.
— Votre grandeur, il se murmure que leurs com­po­sants ato­miques…
— Oubliez ça, ils sont cer­tifiés ISO 9002.
— Et s’il s’agissait de notre, heu, pro­pulseur ? La SELECTA
Ace Partam se penche, fronce les sourcils et plante son doigt impérial au centre du front de l’impudent :
— Encore une allusion de cette sorte et je vous colle aux fers pour blas­phème ! Est-​​ce clair ?
Dans la salle de contrôle, le per­sonnel présent fait un pas en arrière unanime et martial : éviter les écla­bous­sures s’impose tant les colères de l’empereur Ace Partam s’avèrent notoi­rement salées.
Pourtant, de colère point. L’heure est trop grave, la situation cri­tique, et l’ire mau­vaise conseillère :
— Mes­sieurs, reprend Partam de sa voix de Grand Com­mandeur de la Légion des Rumo­ristes, je crains qu’il n’y ait quelque chose de pourri dans l’empire de Malongo.
Rumeur alentour, aus­sitôt calmée d’une main en sceptre élevée.
— Je n’affirme pas cela à la légère ni de gaieté de cœur, mes­sieurs, mais après mûre réflexion. Il se trouve que nos res­sources s’épuisent, nous savons tous pourquoi.
— La fuite dans la SELECTA, votre grandeur ?
L’empereur soupire :
— La fuite, oui, opé­rateur… ?
— Rose. Sacha Rose.
— La fuite… Les habi­tants de l’univers situé de l’autre côté de notre prin­cipale source d’énergie, y puisent sans ver­gogne à lon­gueur de temps, et pire, la gas­pillent, à ce qu’on nous a rap­porté.
Hoche­ments de tête de l’état-major.
— Gas­pillent ?
— Vous êtes jeune, opé­rateur Rose, vous ne pouvez tout savoir. (Partam pose une main sur l’épaule de Sacha Rose avant de pour­suivre.) Gas­pillée, oui, notre énergie. L’énergie néces­saire à la survie de notre univers. C’est bien pour cela que nous avons décidé de les exter­miner, opé­rateur Rose, jusqu’au dernier !
— D’où la Légion des Rumo­ristes.
Sourire impérial.
— Je constate que vous avez retenu vos cours d’histoire, Rose. Voilà qui est tout à votre honneur.
— Merci, votre grandeur.
— La Rumeur… La seule arme capable d’éradiquer les créa­tures grises peu­plant cet univers, comment m’a-t-on dit, déjà ? Car­céral. C’est cela — car­céral. Et puisqu’ils épui­saient la Source Grand-​​Mère, la SELECTA, nous avons décidé d’attaquer en optant pour un camou­flage de cir­cons­tance. Je dois d’ailleurs avouer, en toute modestie, que je ne suis pas mécontent de cette trou­vaille.
Tandis qu’Ace Partam contemple le bout de ses ongles tout en sou­riant, l’état-major éclate de rire.
— Mais il y a tout de même quelque chose qui foire !
Sursaut général, hoquets hilares en asys­tolie.
— Certes, les salves de rumeurs lancées par nos vais­seaux font mouche, mais pas suf­fi­samment. En d’autres termes : nous leur balançons de simples pétards mouillés ! Et tout cela pourquoi, hein, pourquoi ?
Question purement ora­toire, n’appelant donc aucune réponse.
— Parce que nos vais­seaux se crashent, mes­sieurs, poursuit Partam. Se plantent, se vautrent, appelez ça comme vous voulez, je m’en bats les sous-​​tasses. Le fait est là : Ça. Merde. Et je sais pourquoi. L’univers Malongo est parallèle au leur, mes­sieurs. Parallèle ! Or, lorsque nous uti­lisons le pro­pulseur, tous nos vais­seaux se retrouvent de l’autre côté en position… ? Per­sonne ne voit ?
Question purement ora­toire de nouveau, l’état-major le com­prend et muet demeure.
— Per­pen­di­cu­laire.
— Per­pen­di­cu­laire ? (éton­nement réflexe du jeune opé­rateur Sacha Rose)
— L’évidence même. Et vu la vitesse à laquelle ils arrivent, impos­sible pour eux de bom­barder comme ils le devraient. Mes­sieurs, nous expé­dions nos hommes à la mort, en kami­kazes. De cela, il n’est plus question !
— Votre grandeur aurait-​​elle… ?
— Une idée ? Bien entendu, mon petit Rose. Bien entendu. Dès le pro­chain lan­cement, nous pro­cé­derons de façon dif­fé­rente.
Ici, il est à noter que l’empereur omet de pré­ciser que le Grand Mage, consulté par pré­caution, lui a affirmé avoir lu dans le Saint Marc que l’idée impé­riale était sacrément robusta. Passons.
— Mais comment ? Le seul moyen de pénétrer cet (Sacha Rose fris­sonne) univers reste la fuite, la Faille, votre grandeur. Et Malongo, si je ne me trompe pas, restera tou­jours parallèle, puisque tel est notre univers.
— Rose, mon petit Rose, vous me donnez du grain à moudre, là.
— Ah ?
— Puisque Malongo est et demeurera parallèle, c’est la SELECTA, que nous allons ren­verser. Ainsi, elle se trouvera per­pen­di­cu­laire à nous et pro­pulsera nos hommes de l’autre côté de façon… ?
— Parallèle ?
— Parallèle. Exac­tement, mon petit Rose. Vous irez loin, Rose, très loin.
Sacha Rose rosit sous le com­pliment…
— Et à ce propos : vous pilo­terez le pro­chain vaisseau. Toutes mes féli­ci­ta­tions.
… avant de trouver l’honneur impérial un peu fort de café.
*

Tout a recom­mencé à la machine à café, engin massif et anodin, trop souvent négligé, en réalité centre névral­gique, console de com­mande de toute entreprise.
Comme une répé­tition aug­mentée d’une dif­fé­rence qui ne les dérida pas, au contraire.
Il y eut d’abord :
Un lourd effon­drement en fracas.
Le sol qui se révulse et ondule.
L’onde de choc réper­cutée d’étage en étage.
Puis.
Plus rien.
Sauf le sibyllin déver­sement infini de l’intégralité de la réserve de café moulu Malongo, fine poudre aus­sitôt balayée par le tsunami de litres et litres d’eau régur­gités par l’estomac de la SELECTA à terre, K.O.
En parallèle, quelqu’un ayant assisté à cette catas­trophe inex­pliquée, col­lègue d’un col­lègue d’une amie de la svelte assis­tante du boss (qui se serait vu de nouveau aspergé de court sans sucre par celle qu’il ne licencia pas puisqu’elle cou­chait ou lui faisait bouffer sa cravate — ici, les avis ne sont pas près de cesser de diverger), aurait découvert que le sucre, pourtant dûment labellisé comme sac­charose, n’était que vul­gaire Aspartame.
Du moins ce qu’affirme la rumeur.


Grâce à Bri­gitte Célérier, voici la liste des autres échanges de ce mois-​​​​​​ci :

Piero Cohen-​​​​​​Hadria http://​www​.pen​dant​le​weekend​.net/ et Domi­nique Has­selmann http://​dh68​.word​press​.com/
Daniel Bourrion http://​www​.face​-terres​.fr/ et Anita Navarrete-​​​​​​Berbel http://​sau​va​geana​.blogspot​.com/
Mariane Jaeglé http://mariannejaegle.over- blog​.fr/ et Michel Sar­nikov http:// a.mauvaise.herbe.over-blog.com/

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  • Rumeurs parallèles

    Le 6 mai 2011 à 18:31 , par g@rp

    Merci non seulement pour m’avoir invité chez toi mais aussi et surtout pour m’avoir permis de découvrir cette aventure de malade que sont les vases com­mu­ni­cants.
    Et un spécial merci pour le magni­fique dessin.

    Heu, Franck ? J’espère ne pas avoir tout cochonné. Si tel est le cas, dis-​​moi le, hein, que je revienne un peu net­toyer…
    Sinon, tu prends un café ?

    Répondre à ce message

    • Rumeurs parallèles

      Le 6 mai 2011 à 19:53 , par frth

      Avec plaisir, mon cher g@rp ! Reviens quand tu veux, il y aura tou­jours du café…

      …un court sans sucre 0.35 ?

      Répondre à ce message

  • Rumeurs parallèles

    Le 7 mai 2011 à 15:10 , par louise Imagine

    Texte déli­cieux et enchanteur qui se lit à petites gorgées goulues… On en raffole et on en redemande ! :-)

    Signé : capitaine Nez Pressot

    Répondre à ce message

    • Rumeurs parallèles

      Le 7 mai 2011 à 18:06 , par g@rp

      Très touché, Louise - pardon, capi­taine (what else ?)
      Merci :-)
      Quant à une autre tournée, si on se croise un jour ou l’autre, ici ou là, sûr, on trinque ;-)

      Répondre à ce message

      • Rumeurs parallèles

        Le 7 mai 2011 à 20:05 , par Louise Imagine

        quand tu veux :-) Faudrait qu’on arrange une pause café !

        Répondre à ce message

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