par Franck Thomas

Participation & apprentissage

Options de stock & intérêts / août 2011

Il paraît qu’un blog, on y écrit sa vie : ses états d’âme, ses évé­ne­ments, ses joies, ses doutes. Comme on me dit souvent que ce site est un blog, je vais m’efforcer de l’y faire res­sembler, sou­cieux de répondre avec adé­quation aux attentes de mes lec­teurs. Influen­çable comme je suis, esclave de tes désirs, ô intrépide liseur, je m’apprête donc à te révéler l’emploi du temps de mon pré­cédent week-​​end avec force émotion, afin que nous par­ta­gions — enfin — plus que de la fiction.

Tu auras peut-​​être déjà remarqué qu’à partir d’aujourd’hui change la nomen­clature des titres de cette caté­gorie : fini les « de » pompeux qui lais­saient croire à la suc­cession de cha­pitres d’un essai mémo­rable. Assumons l’éphémère, l’inutile, le jetable : un peu d’humilité. Tu constates aussi peut-​​être, depuis le dernier article, que j’ai choisi de m’adresser à toi direc­tement, de te tutoyer. Il paraît que c’est comme ça, dans la blo­go­sphère : on se tutoie le lec­torat sans com­plexe. Mais toi et moi, après tout, on est si proche, pas vrai ?

Ce week-​​end, donc, j’étais à un mariage. Oh, moment impé­ris­sable ! Dans la subtile fraî­cheur d’une cam­pagne nou­velle, sous le soleil éclatant d’un grand bonheur imminent, j’assistais, ô combien ému, à l’union jou­ven­celle — comment ça, c’est pas un adjectif ? — de deux êtres admi­rables et aux minois char­mants. Ah, quelle émotion m’étreignassit en cette fin de semaine fan­tas­ma­gni­fique ! L’extase en est presque venue à me tutoyer, dis donc, comme si j’étais un lecteur de son blog…

En fait, à ce mariage, j’y allais un peu avec des pieds de plomb. Ne connaissant qua­siment per­sonne, plutôt sou­cieux qu’il m’accapare pendant trois jours, j’appréhendais les dis­cus­sions labo­rieuses, les sou­rires obligés et les trois-​​nuits-​​par-​​semaine endiablés. Que de craintes infondées ! De belles ren­contres, des rires, des repas sym­pa­thiques, sans compter un temps superbe et une nour­riture déli­cieuse dans un cadre vraiment dépaysant. Alors, qu’est-ce qui a bien pu rendre ces trois jours si agréables, te demandes-​​tu sûrement (si ce n’est pas le cas, je te prierais d’être discret pour ne pas me casser la baraque), hein ? Hé bien, je vais te le dire illico, ô amour-de-lecteur-dont-l’attente-angoissée-m’est-insupportable.

D’abord, il y eut le chan­gement de rythme, la décou­verte d’autres lieux, d’autres gens : un bol d’air frais pour l’engoncé parisien que je suis ; ça fait grincer au départ, mais ça dérouille une fois qu’on y est. Mais surtout, hors la gen­tillesse des mariés et de leurs proches, ce qui rendit l’ambiance excel­lente et le mariage encore plus savoureux, c’est qu’ils eurent l’excellente idée de demander à leurs invités de mettre la main à la pâte pour l’organisation des fes­ti­vités. Et ça change tout ! Car dès le ven­dredi soir, se retrouver à remplir des cuillères de paëlla ou des ver­rines de bananes au cho­colat, et à passer la ser­pillère dans la salle com­munale pour le vin d’honneur du len­demain, ça rap­proche les pires inconnus, crois-​​moi. Leur génie, donc, pour créer du contact ? La par-​​ti-​​ci-​​pa-​​tion.

Et là, ô lecteur-​​perspicace-​​de-​​mon-​​cœur, tu vois sans doute où je veux en venir (si ce n’est pas le cas, je te prierais d’arborer malgré tout un petit sourire entendu afin que notre bonne relation perdure), hein ? Voilà : d’abord, ça fait du bien de sortir du sentier habituel pour mieux goûter l’existence. Comme sur ce blog par exemple, avec cette série de billets plus directs, moins lit­té­raires en tous cas, qui change des fic­tions alen­tours. Mais surtout — et là ce petit sourire entendu sur ton visage montre que vraiment nous nous connaissons bien, toi et moi — surtout, c’est beaucoup, beaucoup plus sympa quand tout le monde par­ticipe. Comme sur ce blog par exemple…

Oh, je sais, séré­nissime lecteur, ce n’est pas de la mau­vaise volonté de ta part, je sais bien, ne t’inquiète pas ! Soit tu n’es pas cou­tumier de ce genre de dia­logue, soit tu ne trouves pas la dis­cussion sur laquelle rebondir, soit ta timidité t’incite au retrait com­pulsif, soit tu as peur d’affirmer que tu n’es pas d’accord, ou encore que tu trouves que ce que tu lis est d’une médio­crité affli­geante… mais tout cela n’est rien ! Tu n’as pas l’habitude, ou la timidité te tient ? Lance-​​toi, c’est la pre­mière fois seule qui est dif­ficile ! Tu n’oses pas cri­tiquer ver­tement ? Au contraire, il ne faut pas garder ça en toi, la catharsis est salu­taire ! Enfin, si tu ne sais pas vraiment sur quoi rebondir, je m’en vais te donner de la matière sur-​​le-​​champ.

Dans un blog, on parle de ce qu’on aime et de ce qu’on n’aime pas, pour le par­tager avec son lecteur-​​adoré. Par exemple, ô lecteur-​​fantôme-​​mais-​​plus-​​pour-​​longtemps, j’ai envie de te faire découvrir un autre blog (ah oui, parce que quand on est blo­gueur, il est d’usage de parler d’autres blogs) qui s’intitule le blog d’un odieux connard. Sous couvert de raconter dans le détail la nullité abyssale de cer­tains films, l’auteur nous y offre d’une langue irré­sis­tible des récits géné­ra­lement consé­quents mais des­quels on ne peut décrocher tel­lement notre machoire, à force de rire, elle, l’est (décrochée, suis un peu s’il te plaît). Et puis, si je t’envoie là-​​bas (attention, c’est juste un séjour, tu reviens, hein ?), c’est aussi un peu secré­tement pour que tu sois contaminé par son lec­torat qui, tu vas le constater, est loin d’être avare en commentaires…

Mais peut-​​être que les films nuls, tu t’en fiches, ô délicat-​​lecteur, et que l’humour du connard sus-​​cité ne te touche pas (ce qui ne t’empêche pas de le dire par écrit plus bas, soit dit en passant). Qu’à cela ne tienne, je te propose autre chose : dans un blog, on parle de ce qu’on fait, de ses projets, de ses lec­tures. Alors c’est ce que je vais faire, car je n’ai aucun secret pour toi, ô mon double convoité.

D’abord, du neuf : si cet été, je fus plutôt silen­cieux par ici, c’est qu’un projet me tenait ailleurs. L’on m’a demandé d’écrire un texte destiné à être lu en voix off pour un film d’une ving­taine de minutes. Ce film, qui s’appelle désormais Avril Embrasure sera projeté pour la pre­mière fois le 16 sep­tembre pro­chain à 18h dans un audi­torium du Car­rousel du Louvre. L’entrée est gra­tuite, mais il faut s’inscrire au préa­lable pour pouvoir y assister. Tu as vu comme je prends soin de toi, mon lecteur préféré ? Si tu as envie d’assister à la pro­jection, tu n’as qu’à me laisser ton nom dans un petit com­men­taire ci-​​dessous, et le tour est joué !

Si tu t’appelles Julien Quen­sière ou que tu t’inquiètes de la tenue spo­ra­dique de l’Escroc, haut les cœurs : la série continue et la mise à jour est en cours !

À côté de cela, je te l’avais promis, et bien tu vas l’avoir : le roman inachevé annoncé sera mis en ligne ici à partir du premier sep­tembre, avec parution d’un cha­pitre par semaine jusqu’à épui­sement du stock (qui n’est pas si gros, rassure-​​toi)… À ce sujet, je t’invite à aller lire la récente réflexion de Nicolas Dickner au sujet des manus­crits abandonnés.

Puisque j’en suis à te conseiller de la lecture (en plus de l’indigeste billet que je suis en train de t’imposer), je ne saurais trop te conseiller d’aller découvrir le premier roman de Chris­tophe Grossi : Va-t’en va-t’en c’est mieux pour tout le monde. J’ai passé un très agréable moment à voyager avec lui, bercé par la bande son créée à cette intention par Pierre Ménard. Pas encore tenté la lecture numé­rique ? C’est l’occasion de se lancer, ici aussi, mon petit lecteur !

Allez, je vais conclure pour te laisser la parole main­tenant, même si j’aurais voulu encore te parler de ce bouquin de Jean Vautrin, dont la langue et l’humanité me ravissent, du Bartleby d’Herman Mel­ville que je viens enfin de lire grâce à publie​.net, de la force des mots de Claude Favre qu’il faut abso­lument lire. Mais tout cela sera pour une autre fois, cher lecteur, tu as déjà été bien vaillant d’arriver jusque ici et je t’en remercie ! Rien ne t’empêche tou­tefois d’aller les découvrir par toi-​​même et de revenir en dis­cuter ici-​​bas…

Pffiou, hé ben c’est pas si facile, l’apprentissage du blog, dis donc. Et si on s’y mettait à deux, ça mar­cherait mieux peut-​​être… qu’est-ce que tu en penses ?

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  • Participation & apprentissage

    Le 6 septembre 2011 à 22:26 , par Janotus

    J’ai trouvé que ça allais bien cette évo­cation de ta proximité avec l’extase…

    Et je sou­haite que mon nom appa­raisse par le tru­chement de ta divine inter­vention sur la liste des VIP qui verront Avril Embrasure. À ce propos, peut-​​être aurais-​​tu pu en dire plus sur les condi­tions de réa­li­sation un peu par­ti­cu­lières de ce film ? à moins bien-​​sûr que ton lec­torat n’en connaisse déjà tous les ressorts.

    Le ton de cette note - est-​​ce le tutoiement, est-​​ce l’emphase des expres­sions alam­bi­quées ? - est un peu trop fin à mon goût. Je pré­férais celui des notes pré­cé­dentes, qui me semble moins chercher à jouer un per­sonnage, et plutôt chercher à trans­mettre des idées inté­res­santes. Cela dit, les idées inté­res­santes, elles se retrouvent encore dans cette note.

    Je te dirais bien que je vais lire tout ce que tu recom­mandes… au moins je gar­derai ces réfé­rences en mémoire.

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