Il paraît qu’un blog, on y écrit sa vie : ses états d’âme, ses événements, ses joies, ses doutes. Comme on me dit souvent que ce site est un blog, je vais m’efforcer de l’y faire ressembler, soucieux de répondre avec adéquation aux attentes de mes lecteurs. Influençable comme je suis, esclave de tes désirs, ô intrépide liseur, je m’apprête donc à te révéler l’emploi du temps de mon précédent week-end avec force émotion, afin que nous partagions — enfin — plus que de la fiction.
Tu auras peut-être déjà remarqué qu’à partir d’aujourd’hui change la nomenclature des titres de cette catégorie : fini les « de » pompeux qui laissaient croire à la succession de chapitres d’un essai mémorable. Assumons l’éphémère, l’inutile, le jetable : un peu d’humilité. Tu constates aussi peut-être, depuis le dernier article, que j’ai choisi de m’adresser à toi directement, de te tutoyer. Il paraît que c’est comme ça, dans la blogosphère : on se tutoie le lectorat sans complexe. Mais toi et moi, après tout, on est si proche, pas vrai ?
Ce week-end, donc, j’étais à un mariage. Oh, moment impérissable ! Dans la subtile fraîcheur d’une campagne nouvelle, sous le soleil éclatant d’un grand bonheur imminent, j’assistais, ô combien ému, à l’union jouvencelle — comment ça, c’est pas un adjectif ? — de deux êtres admirables et aux minois charmants. Ah, quelle émotion m’étreignassit en cette fin de semaine fantasmagnifique ! L’extase en est presque venue à me tutoyer, dis donc, comme si j’étais un lecteur de son blog…
En fait, à ce mariage, j’y allais un peu avec des pieds de plomb. Ne connaissant quasiment personne, plutôt soucieux qu’il m’accapare pendant trois jours, j’appréhendais les discussions laborieuses, les sourires obligés et les trois-nuits-par-semaine endiablés. Que de craintes infondées ! De belles rencontres, des rires, des repas sympathiques, sans compter un temps superbe et une nourriture délicieuse dans un cadre vraiment dépaysant. Alors, qu’est-ce qui a bien pu rendre ces trois jours si agréables, te demandes-tu sûrement (si ce n’est pas le cas, je te prierais d’être discret pour ne pas me casser la baraque), hein ? Hé bien, je vais te le dire illico, ô amour-de-lecteur-dont-l’attente-angoissée-m’est-insupportable.
D’abord, il y eut le changement de rythme, la découverte d’autres lieux, d’autres gens : un bol d’air frais pour l’engoncé parisien que je suis ; ça fait grincer au départ, mais ça dérouille une fois qu’on y est. Mais surtout, hors la gentillesse des mariés et de leurs proches, ce qui rendit l’ambiance excellente et le mariage encore plus savoureux, c’est qu’ils eurent l’excellente idée de demander à leurs invités de mettre la main à la pâte pour l’organisation des festivités. Et ça change tout ! Car dès le vendredi soir, se retrouver à remplir des cuillères de paëlla ou des verrines de bananes au chocolat, et à passer la serpillère dans la salle communale pour le vin d’honneur du lendemain, ça rapproche les pires inconnus, crois-moi. Leur génie, donc, pour créer du contact ? La par-ti-ci-pa-tion.
Et là, ô lecteur-perspicace-de-mon-cœur, tu vois sans doute où je veux en venir (si ce n’est pas le cas, je te prierais d’arborer malgré tout un petit sourire entendu afin que notre bonne relation perdure), hein ? Voilà : d’abord, ça fait du bien de sortir du sentier habituel pour mieux goûter l’existence. Comme sur ce blog par exemple, avec cette série de billets plus directs, moins littéraires en tous cas, qui change des fictions alentours. Mais surtout — et là ce petit sourire entendu sur ton visage montre que vraiment nous nous connaissons bien, toi et moi — surtout, c’est beaucoup, beaucoup plus sympa quand tout le monde participe. Comme sur ce blog par exemple…
Oh, je sais, sérénissime lecteur, ce n’est pas de la mauvaise volonté de ta part, je sais bien, ne t’inquiète pas ! Soit tu n’es pas coutumier de ce genre de dialogue, soit tu ne trouves pas la discussion sur laquelle rebondir, soit ta timidité t’incite au retrait compulsif, soit tu as peur d’affirmer que tu n’es pas d’accord, ou encore que tu trouves que ce que tu lis est d’une médiocrité affligeante… mais tout cela n’est rien ! Tu n’as pas l’habitude, ou la timidité te tient ? Lance-toi, c’est la première fois seule qui est difficile ! Tu n’oses pas critiquer vertement ? Au contraire, il ne faut pas garder ça en toi, la catharsis est salutaire ! Enfin, si tu ne sais pas vraiment sur quoi rebondir, je m’en vais te donner de la matière sur-le-champ.
Dans un blog, on parle de ce qu’on aime et de ce qu’on n’aime pas, pour le partager avec son lecteur-adoré. Par exemple, ô lecteur-fantôme-mais-plus-pour-longtemps, j’ai envie de te faire découvrir un autre blog (ah oui, parce que quand on est blogueur, il est d’usage de parler d’autres blogs) qui s’intitule le blog d’un odieux connard. Sous couvert de raconter dans le détail la nullité abyssale de certains films, l’auteur nous y offre d’une langue irrésistible des récits généralement conséquents mais desquels on ne peut décrocher tellement notre machoire, à force de rire, elle, l’est (décrochée, suis un peu s’il te plaît). Et puis, si je t’envoie là-bas (attention, c’est juste un séjour, tu reviens, hein ?), c’est aussi un peu secrétement pour que tu sois contaminé par son lectorat qui, tu vas le constater, est loin d’être avare en commentaires…
Mais peut-être que les films nuls, tu t’en fiches, ô délicat-lecteur, et que l’humour du connard sus-cité ne te touche pas (ce qui ne t’empêche pas de le dire par écrit plus bas, soit dit en passant). Qu’à cela ne tienne, je te propose autre chose : dans un blog, on parle de ce qu’on fait, de ses projets, de ses lectures. Alors c’est ce que je vais faire, car je n’ai aucun secret pour toi, ô mon double convoité.
D’abord, du neuf : si cet été, je fus plutôt silencieux par ici, c’est qu’un projet me tenait ailleurs. L’on m’a demandé d’écrire un texte destiné à être lu en voix off pour un film d’une vingtaine de minutes. Ce film, qui s’appelle désormais Avril Embrasure sera projeté pour la première fois le 16 septembre prochain à 18h dans un auditorium du Carrousel du Louvre. L’entrée est gratuite, mais il faut s’inscrire au préalable pour pouvoir y assister. Tu as vu comme je prends soin de toi, mon lecteur préféré ? Si tu as envie d’assister à la projection, tu n’as qu’à me laisser ton nom dans un petit commentaire ci-dessous, et le tour est joué !
Si tu t’appelles Julien Quensière ou que tu t’inquiètes de la tenue sporadique de l’Escroc, haut les cœurs : la série continue et la mise à jour est en cours !
À côté de cela, je te l’avais promis, et bien tu vas l’avoir : le roman inachevé annoncé sera mis en ligne ici à partir du premier septembre, avec parution d’un chapitre par semaine jusqu’à épuisement du stock (qui n’est pas si gros, rassure-toi)… À ce sujet, je t’invite à aller lire la récente réflexion de Nicolas Dickner au sujet des manuscrits abandonnés.
Puisque j’en suis à te conseiller de la lecture (en plus de l’indigeste billet que je suis en train de t’imposer), je ne saurais trop te conseiller d’aller découvrir le premier roman de Christophe Grossi : Va-t’en va-t’en c’est mieux pour tout le monde. J’ai passé un très agréable moment à voyager avec lui, bercé par la bande son créée à cette intention par Pierre Ménard. Pas encore tenté la lecture numérique ? C’est l’occasion de se lancer, ici aussi, mon petit lecteur !
Allez, je vais conclure pour te laisser la parole maintenant, même si j’aurais voulu encore te parler de ce bouquin de Jean Vautrin, dont la langue et l’humanité me ravissent, du Bartleby d’Herman Melville que je viens enfin de lire grâce à publie.net, de la force des mots de Claude Favre qu’il faut absolument lire. Mais tout cela sera pour une autre fois, cher lecteur, tu as déjà été bien vaillant d’arriver jusque ici et je t’en remercie ! Rien ne t’empêche toutefois d’aller les découvrir par toi-même et de revenir en discuter ici-bas…
Pffiou, hé ben c’est pas si facile, l’apprentissage du blog, dis donc. Et si on s’y mettait à deux, ça marcherait mieux peut-être… qu’est-ce que tu en penses ?

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